Dilemme - Chapitre 3 - Pour Elle - page 1

 

Toute de noir vêtue, Lilou errait à travers leur ancien appartement... traînant sa peine de pièce en pièce, se remémorant toutes ces choses qu'elles s'étaient promis de faire, ces promesses qu'elles s'étaient faites et qu'elles n'avaient pas encore eu le temps de tenir... Elles avaient traversé tant d'épreuves ensemble, partagé tellement de chose... et il ne restait plus rien, plus rien que ce petit bout de papier qui l'invitait officiellement à venir se recueillir près d'elle une dernière fois...

Étouffant un sanglot, Lilou se laissa glisser le long du mur de la chambre qu'elles avaient partagé tant de fois par nécessité ou par envie d'être juste ensemble... Sa vie ne serait plus jamais la même sans elle... Tout avait été si vite... tellement vite... trop vite...

Essuyant les larmes qui inondaient maintenant ses joues, Lilou se releva avec raideur et retourna dans le salon où l'attendaient Émilie, Gus et Georg, assis comme au bon vieux temps sur les vieux canapés blancs un peu fanés.

- Il faut prévenir les jumeaux articula-t-elle d'une voix enrouée.

- Andréas est en train de le faire. Viens t'asseoir un peu fit Georg en lui tendant la main. Tu veux que je fasse du café ?

- Non ça va aller. Merci répondit la jeune femme en le rejoignant sur le canapé pour se laisser aller contre lui. Vous savez où ils sont ? Finit-elle par demander après un lourd silence.

- Les jumeaux ? Ils sont à New York répondit Émilie. Ça marche bien pour eux et leur groupe ces derniers temps...

- Ah... C'est super...

Deux ans qu'elle n'avait revu aucun des deux Kaulitz. Deux ans qu'elle travaillait d'arrache-pied pour établir sa renommée de psychothérapeute et deux ans qu'elle n'avait pas eu l'occasion de serrer Deby dans ses bras, trop absorbée par sa fuite en avant... Et maintenant c'était trop tard. Deby était partie, emmenant avec elle leurs fous rires, leurs prises de becs insignifiantes, leur amour pour la musique, leurs instants volés à l'éternité... tout ce qui faisait leur unité et leur force balayé par l'inconscience d'un ivrogne qui s'était cru invincible et qui avait péri dans la collision de leurs deux voitures, l'entraînant malgré elle dans son enfer... Deby la raisonnable, Deby la loyale, celle qui respectait toujours les règles, celle qui veillait à ce que les choses soient toujours faites correctement... Deby avait cessé de lutter et était décédée durant son transport aux urgences, la laissant désemparée et plus seule encore qu'elle ne l'avait jamais été... même après sa rupture avec Bill... et pourtant...

Sentant l'émotion la submerger à nouveau, Lilou se leva brusquement.

- Finalement je ne suis pas contre un café lâcha-t-elle d'une voix rauque, j'en fais pour tout le monde ? demanda-t-elle d'une voix rauque avant de s'enfuir vers la cuisine où adossée à la porte elle laissa enfin libre cours à son chagrin...

~~~

- Ils nous rejoignent au cimetière souffla Andréas à l'oreille de Lilou alors qu'il l'aidait à descendre de voiture.

- Qui ? fit la jeune femme en relevant un visage inondé de larmes vers lui.

- Bill et Tom...

- Ah... d'accord... Tu as réussi à les joindre ?

- Bill vient de m'envoyer un texto répondit le jeune homme en la soutenant pour combler la distance jusqu'à la petite maison de la grand-mère de Deby où la famille s'était réunie pour la circonstance. Tes parents sont en route aussi... Tout le monde devrait être là pour la cérémonie. Ça va aller ?

- Il va bien falloir murmura la jeune femme.

Informés du décès de son amie la veille au matin, alors qu'elle s'apprêtait à partir travailler, Lilou s'était naturellement tournée vers Andréas pour s'effondrer dans ses bras, et il avait alors pris les choses en main. Les formalités d'usage expédiées, il avait prévenu Émilie et Gus, qui avaient eux-mêmes prévenu Georg... et ils s'étaient tous retrouvés à l'aéroport d'Hambourg pour un vol en partance vers Paris. Les parents de Lilou leur avait mis leur ancien appartement à disposition et ils s'y étaient retrouvés, chacun plongé dans ses souvenirs, plus soudés que jamais. Au matin, ils avaient pris la route pour rejoindre le village où vivait la grand-mère de Deby, en Région Parisienne et où serait enterrée la jeune femme. La neige tombée deux jours plus tôt pendant Noël ne leur avait pas facilité les choses mais ils étaient enfin arrivés. Le clocher de l'église sonnait les douze coups de midi quand ils posèrent le pied devant la maison de la grand-mère de Deby et il leur faudrait encore attendre jusqu'à 16h pour rendre leur dernier hommage...

Tremblante autant de froid que de chagrin, Lilou resserra instinctivement les pans de son manteau autour d'elle tandis qu'Andréas l'enlaçait plus étroitement encore contre lui. La porte s'entrouvrit et le père de Deby apparut pour les accueillir.

- Entrez vite vous mettre au chaud se contenta-t-il de dire d'une voix enrouée.

- Lilou ! s'exclama alors la mère de Deby en passant devant lui pour tomber en larme dans les bras de la jeune femme. Elle nous manque déjà tellement balbutia-t-elle.

- C'est tellement injuste... articula Lilou entre deux sanglots.

~~~

La cérémonie avait été éprouvante.

Sa main calée dans celle d'Andréas et le bras de Georg enroulé autour de sa taille, Lilou avait bien cru qu'elle ne tiendrait jamais lorsqu'elle les avait vu mettre le cercueil de son amie en terre... Mais elle avait tenu...

"Ce qui ne tue pas rend plus fort"... Combien de fois dans ne l'avait-elle pas répété à Deby... Combien de fois...

Anéantie, Lilou laissa les garçons la guider au milieu du dédale des pierres tombales qui bordaient la petite allée pour rejoindre leur voiture. Elle se sentait épuisée, transie de froid... et n'aspirait plus qu'à une chose : s'enfouir sous sa couette jusqu'à ce que ce manque lancinant qui l'habitait depuis l'annonce de la mort de Deby, la consume entièrement.

- Lilou...

Elle s'en voulait tellement de n'avoir pas pris le temps...

- Lilou...

Percevant enfin la voix d'Andréas à son oreille, la jeune femme releva la tête. Ils venaient d'atteindre l'entrée du cimetière. Là devant elle, à quelques pas à peine, engoncés dans leur manteau noir, Bill et Tom se tenaient debout et semblaient les attendre.

La faiblesse la submergea. Elle avait tellement espéré ce moment, tellement désiré... et il avait fallu la mort de sa meilleure amie pour qu'il soit là face à elle... Une colère sourde et inattendue s'insinua soudain en elle tandis que son corps se tendait comme un arc.

- Pas maintenant ! Souffla à nouveau la voix d'Andréas à son oreille.

Fermant les yeux pour évacuer cette tension inopportune, Lilou s'exhorta mentalement au calme et les rouvrit lentement... Mais ils étaient encore là, plus près encore, pâles et les traits tirés.

- Vous arrivez trop tard ! Ne put-elle retenir alors que ses larmes recommençaient à couler malgré elle.

- Viens là chuchota Bill en guise de réponse.

L'arrachant sans ménagement aux bras d'Andréas et Georg, il la prit tout contre lui et la serra à l'étouffer.

Ce corps, cette chaleur, cette odeur... la carapace que Lilou avait passé tant de temps à se forger vola alors en éclat... faisant redoubler les sanglots qu'elle étouffa contre le torse rassurant du jeune homme.

"Elle n'avait pas le droit de leur en vouloir, elle aussi était arrivée trop tard..."

Un geste furtif près d'elle et elle reprit pied avec la réalité. Debout derrière son frère, Tom tentait tant bien que mal de dissimuler des larmes qui semblaient coûte que coûte vouloir couler.

Doucement, elle se détacha de l'étreinte de Bill et sans un mot, alla enlacer Tom... qui s'effondra dans ses bras...

~~~

Ils se tenaient tous debout près de leurs voitures, plongés dans leurs souvenirs, Lilou toujours enlacée à Tom quand une main posée furtivement sur son bras l'arracha à sa torpeur.

- Il faut que je te donne quelque chose lui chuchota la grand-mère de Deby.

Surprise et décontenancée, Lilou se détacha doucement du jeune homme, le confiant d'un regard à Émilie et suivit la vieille femme quelques pas plus loin.

- Oui ?

- Deby avait un secret lâcha sa grand-mère en se tamponnant maladroitement les yeux avec son mouchoir.

- Un secret ?

- Tiens ! Fit-elle en sortant une enveloppe cachée à l'intérieur de son manteau. Elle me l'avait remise il y a longtemps... Elle est pour toi. Personne d'autre que moi n'est au courant précisa-t-elle. Elle t'aimait plus que si tu avais été sa propre soeur reprit-elle en pleurant. Elle avait confiance en toi... Je sais que tu feras ce qu'il faut, moi je suis trop vieille maintenant pour tout ça...

Sans un mot de plus, la vieille dame prit délicatement la main de Lilou dans la sienne, y déposa la précieuse enveloppe et s'en alla retrouver les parents de Deby que soutenaient ceux de Lilou.

Perplexe Lilou regarda la vieille femme s'éloigner puis reporta son attention sur l'enveloppe. Longue, blanche, un peu écornée aux coins, elle ressemblait à un message qu'on aurait longuement hésité à transmettre. Relevant les yeux à nouveau vers la grand-mère de Deby qui l'observait de loin, elle la prit contre elle, la cacha instinctivement à l'intérieur de son manteau et partit rejoindre ses amis.

- ça va ? S'enquit Andréas.

Lilou haussa les épaules.

- Je voudrai rentrer.

- Vous retournez à Hambourg ? Risqua Bill.

- Pas tout de suite ! Répondit la jeune femme à la surprise générale. Pas moi en tout cas ! Précisa-t-elle pour atténuer la nouvelle. Je préfère rester encore un peu... On peut avoir besoin de moi ici...

- Et vous ? Demanda Émilie en s'adressant aux jumeaux.

- On va rester un peu aussi. Se contenta de répondre Bill en jetant un regard à Lilou.

~~~

"Mamie,

Je sais que tu vas me trouver folle ou inconsciente... peut être même les deux mais j'ai quelque chose de très important à te confier et je voudrais que tu le gardes pour toi pour le moment.

Je suis à nouveau de retour sur Paris depuis presque un an, enfin... pas tout à fait, seule cette fois. Je vis chez un ami pour le moment, le temps pour moi de réunir l'argent nécessaire pour prendre un appartement à moi ! Mais ça n'est pas ce qui est important.

D'ici peu, je vais avoir un bébé.

Ne me demande pas de qui... ça n'a plus d'importance ! Je sais juste que je suis enceinte et que c'est très important pour moi... C'est peut être le seul bon choix que j'ai jamais fait de ma vie et je veux l'assumer jusqu'au bout, seule, pour me prouver que j'en suis capable et que je vaux aussi quelque chose.

J'ai juste besoin de savoir que tu seras toujours là pour moi, malgré tout...

Je t'aime Mamie

Deby

PS : C'est une petite fille ! Elle s'est annoncée hier soir alors que j'allais poster cette lettre. Elle est magnifique ! Si tu savais comme je suis fière et comme je l'aime. Je l'ai appelé Elizabeth comme ma Lilou.

Lilou ne sait toujours rien. Je n'ai pas encore eu le courage de lui dire, elle a tellement de mal déjà à se remettre de sa rupture et puis elle poserait trop de questions auxquelles je n'ai pas encore envie de répondre...

Lisa est là, allongée près de moi. Elle est si petite, si fragile... Je sais que c'est absurde de te parler de ça dans un tel moment de bonheur absolu mais c'est important pour moi de savoir que c'est écrit quelque part. S'il devait m'arriver quelque chose un jour... Je voudrai que ça soit toi qui s'occupe de Lisa et personne d'autre. Tu m'as tellement donné enfant... Si la tâche te semblait trop difficile ou pour tout autre raison, il n'y a qu'une seule autre personne au monde aussi importante que toi à mes yeux à qui je voudrai confier ma petite Lisa, et c'est ma Lilou.

Je ne sais pas exactement pourquoi je t'écris tout ça ce soir, les hormones peut être comme le dit si bien la sage-femme, ou juste mon besoin vital de savoir que malgré mon choix égoïste d'élever seule ma petite Lisa, il y aura toujours quelqu'un pour elle. Quelqu'un d'important pour moi, que j'aime de tout mon coeur et qui saura l'aimer autant que moi..."

Pleurant toutes les larmes de son corps, Lilou lisait et relisait les feuillets étalés devant elle sur le bureau.

Ils étaient arrivés sur Paris dans la soirée pour reprendre possession de l'appartement de ses parents et n'avaient pas pu se résoudre à se séparer aussitôt... pas comme ça en tout cas.

Alors prenant les choses en main pour éviter d'avoir à penser, Lilou avait laissé son ancienne chambre à Gus et Émilie. Georg, Tom, Andréas et Bill avaient investi l'ancienne chambre de Deby dans laquelle Lilou n'avait même pas réussi à entrer, et elle, elle s'était octroyée un des canapés du salon qu'elle n'avait même pas eu la force de déplier.

La nuit était bien avancée et elle tournait et se retournait sur les coussins plus si confortables quand la lettre lui était revenue à l'esprit.

Sans faire de bruit, elle s'était glissée dans l'ancien bureau de son père et avait farfouillé dans les poches de son manteau avant d'en ressortir la lettre qu'elle avait contemplé un long moment avant de se décider à l'ouvrir, installée en tailleur dans le grand fauteuil en cuir.

Et maintenant elle pleurait...

Elle pleurait sur ce secret qu'elles n'avaient pas eu le temps de partager, sur son maudit nombril qui l'avait rendu aveugle à tout autre chose qu'à elle-même et à sa maudite souffrance, sur...

- Lilou ?...

~~~

Précipitamment Lilou attrapa la lettre qu'elle reglissa dans son enveloppe tout en essuyant ses larmes.

- Tu n'arrives pas à dormir ?

- Non... Les nerfs sans doute répondit évasivement la jeune femme tandis qu'Andréas prenait place dans le fauteuil face à elle. Dis-moi... Est-ce que tu sais toi pourquoi Erwan n'était pas là à l'enterrement ? Ils étaient proches pourtant avec Deby...

- Je ne sais pas... Il n'a peut-être pas pu se libérer ou il ne l'a pas su à temps... à moins que ça soit l'idée de se retrouver face à Georg après ce que Orlane lui a fait...

- Erwan n'y est pour rien si Orlane a préféré venir vivre avec lui et Deby plutôt que de se chercher un appartement à Hambourg... Je te rappelle qu'Orlane est française et que vivre dans le loft ça n'était que pour être avec Georg ! Et puis tu sais très bien qu'elle ne s'entend pas avec ses parents alors un appart sur Paris partagé avec des amis... Enfin bref... de toute façon Orlane n'a rien fait ! Elle a juste choisit de vivre sa vie d'artiste plutôt que de vivre au travers celle de Georg... ça n'a pas été facile pour elle non plus mais son choix était légitime... Après là où elle a choisit de vivre par la suite... c'est son choix ! Ajouta Lilou en haussant les épaules.

- Certes... Mais concernant sa carrière... Elle n'était pas obligée de rompre pour ça... Il lui suffisait juste d'être patiente et d'attendre que Georg mette fin à son contrat comme Gus l'a fait pour Émilie renchérit Andréas.

- Tu sais très bien que rien n'est aussi simple... Georg ne l'aurait pas suivi non plus dans ses tournées en mettant à son tour sa propre carrière en veille... Ils auraient été malheureux tous les deux...

- Oui... peut-être... Pourquoi tu me parles d'Erwan maintenant ?

- Comme ça... Je me posai juste la question c'est tout...

- Tu vas vraiment rester ici quelques jours ? Enchaîna le jeune homme.

- Oui !

- ça ne sert à rien de rester Lilou ! Ça te fait du mal et je te rappelle que tu as des patients, bien vivants ceux-là, qui t'attendent à Hambourg !

- Je sais très bien qu'il est trop tard pour Deby, mais il reste ses parents...

- Tes parents sont avec eux pour ça l'interrompit Andréas.

- Sa grand-mère...

- Tes parents et ceux de Deb vont passer quelques jours avec elle et si ça n'allait pas, le père de Deby a dit qu'ils la prendraient avec eux pour retourner dans le sud...

- Elle ne voudra jamais !

- Qui ? La grand-mère de Deby ? Bien sur que si ! s'exclama le jeune homme après que Lilou eut acquiescé d'un hochement de tête.

- Non ! Elle ne laissera jamais Deby toute seule ! Martela Lilou avec force alors que ses larmes se remettaient à couler.

- Lilou... Là où elle est, Deby n'a plus besoin de rien... il n'y a que toi pour te persuader du contraire fit le jeune homme en faisant le tour du bureau pour s'accroupir à ses pieds et l'enlacer contre lui.

- Pas tout à fait... balbutia Lilou.

- Pas tout à fait quoi ?

Sans répondre, Lilou sortit à nouveau la lettre de son enveloppe toujours posée sur le bureau et la lui tendit.

Surpris, Andréas fixa la lettre un instant puis son regard revint vers celui de Lilou, interrogateur.

- Lis ! Souffla-t-elle en lui tendant à nouveau la lettre.

Prenant le pli, le jeune homme se releva et retourna s'asseoir dans le fauteuil face à Lilou.

Un silence lourd s'installa dans la pièce.

- NON ! s'exclama Andréas quand il eut parcouru la lettre de Deby. Ça n'est pas possible ! Ajouta-t-il sous le choc. Mais avec qui ?

- On s'en fout de ça pour le moment ! Lança Lilou en étendant le bras par-dessus le bureau pour récupérer la lettre. Je voudrai juste savoir où elle est...

- Qui ?

- Lisa bien sûr !

- Sûrement avec la grand-mère de Deby !

- ça m'étonnerai ! A l'âge qu'elle a je la vois mal s'occuper d'un bébé d'un an et je ne vois pas, si c'était le cas, comment elle aurait pu le dissimuler au reste de leur famille qu'elle héberge depuis le décès de Deb !

- Peut-être mais elle doit bien savoir où tu peux le trouver en tout cas !

- Peut-être oui... Sauf que ça va être difficile de l'appeler pour le lui demander si mes parents et ceux de Deb sont toujours avec elle ! Et puis je ne vois pas pourquoi elle ne me l'aurait pas dit si elle savait... ça n'a pas de sens !

- Alors il faut chercher en commençant par l'endroit où vivait Deby ses derniers temps ! Ses voisins sauront peut-être eux !... Sinon il reste toujours la possibilité de contacter l'hôpital où elle a été amenée aux urgences... Si Lisa était avec elle peut être que...

- Non non ! Deby partait travailler ! Elle n'allait pas emmener sa fille avec elle !

- Alors une nourrice peut être ?

- Oui... où/et alors Erwan est au courant et alors là ça va grandement me simplifier la tâche ! Murmura Lilou comme pour elle-même en tapotant le dessus du bureau avec ses doigts, absorbée dans sa réflexion.

- Lilou ?

- Hmmm...

- Pourquoi tu tiens autant à la voir maintenant ? Ça ne fera pas revenir Deby tu sais...

- Je sais tout ça ! S'énerva Lilou en sortant de ses pensées. Mais sa grand-mère m'a demandé de prendre sa place... comme le lui a demandé Deby dans sa lettre, à l'époque !

- C'est absurde !

- Non ! C'est ce qu'elle voulait et c'est exactement ce que je vais faire !

- Mais les parents de Deby ont leur mot à dire eux aussi voyons ! Et le père biologique par la même occasion...

- Je m'en fiche Andréas ! Je m'en fiche ROYALEMENT même ! Deby voulait que sa fille soit confiée à sa grand-mère s'il lui arrivait quelque chose ou à moi si sa grand-mère ne pouvait pas. Deby est morte et sa grand-mère se juge trop âgée pour prendre une telle responsabilité alors je vais prendre les miennes de responsabilités et faire en sorte que chaque souhait de cette lettre soit appliqué scrupuleusement ! Peu importe l'énergie que ça va me demander ou ce qu'il va m'en coûter ! Je vais le faire pour elle Andréas !... Rien que pour elle !

~~~

Après avoir tenté de la convaincre, en vain, qu'elle ne faisait pas le bon choix ou tout au moins pas dans la bonne perspective, Andréas avait capitulé et était retourné se coucher.

Attendrie, Lilou l'avait regardé sortir du bureau en pestant sur son côté "têtu et acharné" et un sourire s'était lentement accroché sur ses lèvres.

Sacré Andréas ! Où serait-elle aujourd'hui s'il n'avait pas passé ses deux dernières années à l'encourager, la réconforter ou l'épauler quand le besoin s'en était fait sentir ?... Est-ce que Deby avait eu la même chance qu'elle ? Songea-t-elle tandis que son visage retrouvait toute sa gravité. Est-ce qu'Erwan avait été cet ami sur lequel elle avait pu compter plus que sur tout autre personne... comme elle par exemple ?

Épuisée par toutes ces questions sans réponses qui la torturaient, Lilou jeta un regard sur la pendule. Six heures ! Bien trop tard ou bien trop tôt, c'était selon, pour aller dormir ! Ce qui lui fallait là, c'était un bon café bien épais et bien noir !

Un fois la lettre soigneusement rangée dans le tiroir central du bureau de son père et la lumière éteinte, Lilou se faufila sans bruit jusqu'à la cuisine dans laquelle elle s'engouffra rapidement en prenant bien soin de refermer précautionneusement la porte sur elle.

Constatant que la lumière était restée allumée elle prit encore le temps d'en baisser l'intensité avant de se retourner pour... rester tétanisée au milieu de la pièce.

- Tu veux un café ? La cafetière est pleine, je viens de le faire !

- Mais qu'est-ce que vous fichez là en pleine nuit tous les deux ! s'exclama Lilou à voix basse en retrouvant son souffle suffisamment pour se sortir une tasse.

- On vous a entendu lâcha Bill en fixant son frère.

Occupée à remplir sa tasse, Lilou faillit lâcher la cafetière.

- Désolée, je ne m'étais pas rendu compte qu'on parlait si fort s'excusa-t-elle en reprenant contenance.

- Pas grave ! fit Tom. On avait une décision importante à prendre de toute façon.

- Ah... Vous voulez que je vous laisse ? demanda la jeune femme en faisant mine de sortir de la cuisine.

- Non non, c'est bon ! reprit Bill en l'arrêtant par le bras. Elle est déjà prise de toute façon !

- Ok... mais je peux quand même vous laissez si vous préférez rester...

- Viens là ! Rétorqua Bill en l'attirant sur la chaise près de lui. Qu'est-ce qui se passe reprit-il aussitôt, glaçant un instant le sang de Lilou dans ses veines. Quelque chose ne va pas avec Andréas ?

Saisissant l'allusion à peine déguisée, Lilou se remit à respirer normalement et un sourire involontaire étira ses lèvres.

- Et tu crois vraiment que c'est à toi que je vais en parler ? Lança-t-elle ironique.

- Pourquoi pas ! Tu es avant tout ma meilleure amie non ?

- Bien essayé ! Ne put retenir Lilou franchement amusée. Mais je n'crois pas non ! Ajouta-t-elle en se levant, sa tasse à la main. Je vous laisse entre vous les garçons, je vais essayer de dormir un peu...

- Avec un café ?

- Pourquoi pas ! Il ne m'a encore jamais coupé le sommeil LUI ! Ajouta-t-elle en sortant pour rejoindre son inconfortable canapé.

~~~

Quand elle se réveilla enfin quelques heures plus tard, l'appartement était toujours aussi silencieux et elle, elle avait l'impression qu'elle ne pourrait plus jamais verser une seule larme de sa vie tant elle en avait versé ces derniers jours.

Un peu hébétée par les évènements et la fatigue accumulée, la jeune femme se dirigea au radar jusqu'à la cuisine... où elle se retrouva face à Bill et à Tom, toujours assis à la même place.

- Mais vous avez dormi ici ou quoi ? s'exclama-t-elle grincheuse, le pilotage automatique branchée sur la cafetière.

- Bonjour à toi aussi ! Tu as un message ! Lui signala Bill en désignant un post-it placardé sur le réfrigérateur, juste sous le nez de Lilou.

- Ah... Merci.

Plissant les yeux, la jeune femme se concentra pour comprendre la signification des hiéroglyphes inscrits sur le petit bout de papier jaune.

"Bon... Je n'essaye même plus de te faire changer d'avis ! Mais si tu n'es pas revenue à la maison d'ici 3 jours, je te préviens, c'est moi qui viens te chercher... avec ou sans "ailes" !!"

Depuis qu'ils habitaient ensemble et à cause de leurs horaires très... "Pas conventionnels", Andréas et elle avait développé un nouveau mode de communication qu'ils appelaient en riant le "post-it'age". Et c'était souvent qu'à son réveil, ou à son retour après une garde, elle trouvait une quantité impressionnante de ces post-il cloqués un peu partout et griffonnés de messages en tout genre !

"...Sauf que là Andréas avait fait fort pour dérouter les esprits curieux qui hantaient ces lieux !" songea-t-elle en laissant échapper un petit rire avant de chiffonner le petit morceau de papier et de l'envoyer dans la poubelle.

- Vous habitez ensemble ?

- Je suppose donc qu'il est déjà partit ? Lança Lilou en ignorant volontairement la question de Bill. Il ne vous a rien dit d'autre ?

- Pas à moi ! J'étais retourné m'allonger lâcha Bill du bout des lèvres.

- Non... Juste qu'il était obligé de partir à cause de rendez-vous qu'il n'avait pas pu ni décaler, ni annuler... Rien d'autre !

- Merci Tom ! ça va toi ? demanda gentiment Lilou en venant s'asseoir près de lui alors que Bill se levait pour quitter la pièce avec fracas. Il aurait pas du se recoucher ! Ça ne lui a jamais réussi de ne dormir que quelques heures commenta la jeune femme avec humour.

- Il est jaloux...

- J'avais bien compris !... mais ça arrive un peu tard vois-tu ! Rétorqua Lilou sèchement. Au fait... C'est quoi cette décision si importante qui vous a faite lever en pleine nuit ? reprit-elle sur un ton adouci.

Assis en travers sur sa chaise et adossé contre le mur, Tom renversa sa tête en arrière en exhalant un grand soupir.

- J'ai besoin d'une pause. Je suis fatigué de cette vie de dingue où on ne s'arrête jamais assez longtemps pour en profiter. J'en peux plus de ces hôtels qui finissent par tous se ressembler qu'on soit ici ou à Tokyo ! J'étouffe Lilou ! J'ai besoin d'air... vraiment besoin d'air !

- C'est le contrecoup... C'est normal tu sais... Tu devrais te laisser un peu plus de temps...

- Non non ! Ça n'est pas ça ! La perte de Deby c'est le coup de poignard qui achève et me fait dire que si je ne me pose pas les bonnes questions maintenant je ne me les poserai jamais en même temps qu'il me colle face à tout ce que j'ai pu raté jusque là... Mais j'y pense depuis un moment tu sais...

- Non... Je ne me doutais pas... Et Bill ? Il a pris ça comment ?

- Il est d'accord !

- Tu lui en avais déjà parlé avant ?

- Non !

- Et il t'a dit "D'accord" ?... Comme ça ?... Sans chercher à discuter ??

- Sans réfléchir !

- Et le groupe ?

- Ils trouveront bien un autre chanteur et un autre guitariste en attendant... Je ne les ai jamais considéré comme "mon groupe" de toute façon alors...

- Universal dans tout ça ?

- David n'aura qu'à se débrouiller avec eux !

- je vois que vous avez déjà tout planifié... C'est temporaire ou définitif ?

- Pour le moment ça ne serait qu'une pause...

- Est-ce que je peux te poser une question indiscrète ?

- Essaye toujours...

- Pourquoi Deby t'a-t-elle quitté il y a deux ans ?

Tom haussa les épaules.

- Tu tiens vraiment à parler de ça maintenant ?

- J'ai besoin de savoir...

- Le soir du réveillon avec mon frère nous devions aller rejoindre nos parents, mais Carl nous avait fait dire que nous ne devions pas vous emmener parce qu'il profiterait de l'occasion pour nous faire faire un shooting pour une série d'articles consacrés aux Noëls des "Stars". On n'était pas super chaud d'autant que Gus et Georg n'avaient pas apprécié d'être à nouveau mis à l'écart mais bon... Le boulot étant ce qu'il est, on avait fini par céder et Deby m'avait fait promettre de rentrer le plus vite possible d'autant qu'elle avait quelque chose d'important à me dire selon elle... Sauf que cette nuit là, je suis rentré encore plus tard que prévu et qu'au lieu de prendre le temps de l'écouter, je me suis explosé en croix au milieu du lit jusqu'au petit matin ou elle m'a saqué en me collant les clichés de la soirée, trouvés sur Internet, et où on me voyait en plutôt bonne compagnie... Elle s'est énervée... Je suis parti en live... et la suite... tu la connais !

- Pourquoi tu n'as pas essayé de la récupérer ? S'étonna Lilou en posant une main sans équivoque sur la cuisse du jeune homme.

- Dis moi juste à quel moment... et pour lui offrir quoi ?

- Hey !... Quand on veut vraiment... On peut toujours !

- Tu n'as même pas idée d'un huitième du rythme de vie dans lequel on vit tous ces derniers mois !... Horaires de dingue, Concert sur concert, répétitions, shooting, changement de ville, re-concert, re-répétions, interviews, re-shooting... et avec ça toujours avoir le mot qui va bien et qui sera noté dans les médias, le sourire de circonstance et si possible une vie privée pas du tout privée, absolument idéale, en l'occurrence pour nous : Toujours entourés des plus jolies filles ou des plus en vue... oui parce qu'en plus il faut qu'on fasse rêver les foules et qu'on vende des disques alors forcément... Tu me dis où je pouvais lui faire de la place moi maintenant dans tout ça à Deby ?... Une VRAIE place j'entends !... Parce qu'au cas où tu n'aurais pas remarqué... je ne suis pas un super héros moi !

- Vous auriez tout aussi bien pu tout laisser tomber ou revenir à une vie plus "normale" et moins médiatisée en levant un peu le pied tu ne crois pas ?

- Et prendre le risque de retomber dans l'anonymat ?... Maintenant avec du recul... oui !... Sans aucun problème, aujourd'hui même si tu veux... mais à l'époque... On se shoutait à ça... Il n'y avait que ça qui nous faisait vibrer... Pour nous sans ça on ne pouvait pas être quelqu'un, on pensait que c'était ça la vraie vie... NOTRE vraie vie...

- Oui... je crois que je comprends... Et finalement... tu as fini par savoir ce que Deby avait de si important à te dire ?

- Non... et honnêtement si tu ne m'avais pas demandé de te raconter ce qui c'était passé ce jour là... je crois bien que je ne me serai même plus souvenu qu'elle avait quelque chose à me dire ce jour là... Pour l'importance que ça a maintenant de toute façon... souffla Tom

Mentalement, Lilou repensa à ce que lui avait dit la grand-mère de Deby quand elle lui avait remis la lettre : "Elle avait confiance en toi et je sais que tu feras ce qu'il faut !"...

"D'accord ! "Faire ce qu'il faut"... mais est-ce que faire ce qu'il faut ça voulait dire laisser Tom dans l'ignorance qu'il avait sans doute une fille ?... ou continuer de lui taire cette évidence qui se confirmait de plus en plus ?"

Perplexe Lilou hésita un long moment, bataillant entre sa conscience et sa loyauté et enfin elle se décida.

- Je crois qu'il y a quelque chose que tu dois savoir à propos de Deby... Suis-moi ! Fit-elle en l'entraînant derrière elle jusque dans le bureau de son père qu'elle ferma à clef derrière eux. Tiens !... Lis ! Sauf erreur de calcul de ma part et mauvais recoupements dans votre histoire... Je pense que ça te concerne directement ajouta-t-elle en lui tendant la lettre de Deby.

~~~

Atterré Tom fixait la lettre de Deby sans un mot...

- Tom ? S'inquiéta Lilou

- Tu... Enfin je... Tu crois que...

- Que Lisa est ta fille ? S'enquit Lilou en venant à son secours. Je recoupe juste ce que j'ai comme éléments. Je ne n'ai pas revu Deb depuis notre départ de Nîmes il y a deux ans. En y réfléchissant bien c'est vrai qu'elle s'est toujours débrouillée pour reporter mes visites ou les siennes. Je suis presque certaine qu'elle n'a eu personne d'autre... même si c'est vrai que ça n'était pas notre sujet de conversation préféré à l'une comme à l'autre... et puis il y a cette chose si importante qu'elle devait te dire quand elle est partie... En plus si tu regardes la date sur la lettre et que tu comptes comme moi... à moins que Lisa n'est été une grande prématurée... ça concorde non ?

- D'autant qu'elle dit qu'elle l'attend pour les prochains jours... ça veut dire qu'au niveau des dates il n'y avait rien d'alarmant...

- Oui et puis elle dit aussi que la petite est posée à côté d'elle... Si ça avait été une préma elle aurait été en couveuse !... Mais bon... je n'ai rien d'autre... Si ça se trouve je suis complètement à côté de la plaque !

- Tu me vois avec un... un...

- bébé ?

- Oui c'est ça...

- Non !... mais quel homme s'y voit vraiment un jour ?!...

- Je ne sais pas quoi faire là ! reprit Tom en déposant la lettre sur le bureau comme si elle lui brûlait les doigts. Ni même comment réagir... C'est tellement...

- Déconcertant ? Surprenant ? Scotchant ? Effrayant ?...

- Tout ça en même temps...

- Je sais bien... Et encore toi tu n'as pas à porter le poids de te dire qu'elle n'a même pas osé se confier à toi alors que vous n'étiez même pas fâchées et que tu étais censée être sa meilleure amie...

- Non... je l'ai juste laissé partir toute seule et enceinte en pensant que j'étais le dernier des salauds... Quelle consolation !

- Oui c'est pas mieux tu me diras...

- Et... la petite...

- Lisa ?

- Oui ! Qui s'en occupe depuis le décès de sa mère ?

- Je ne sais pas exactement... Il y a autre chose qu'il faut que je te dise... Quant la grand-mère de Deby m'a confié cette lettre elle m'a dit aussi que c'était à moi de m'occuper de Lisa maintenant lâcha Lilou en guettant la réaction du jeune homme.

Plongé dans ses réflexions, Tom mit un certain temps à réagir.

- Oui... Elle a raison... Tu étais sa meilleure amie après tout... et puis c'est ce que Deby souhaitait de toute façon. La grand-mère de Deby ne t'a pas dit où se trouvait...

- Lisa ?

- Oui !

- Non... Je ne lui ai pas demandé non plus... Et puis là ça va être compliqué... C'est pour ça que je reste encore un peu à Paris...

- Andréas est au courant ?

- Pour Lisa ? Oui. C'est de ça qu'il s'agissait lorsque vous nous avez entendu cette nuit !... Mais je n'ai pas dit pour toi...

- Ah merci... Il faut que je le dise à Bill je suppose soupira Tom.

- C'est toi qui vois... Tu n'es pas obligé tu sais... pas maintenant en tout cas... Attends que j'ai retrouvé Lisa si tu préfères !

- Oui oui c'est une idée marmonna le jeune homme complètement déboussolé. Je pourrai la voir ?

Ahurie, Lilou le contempla un instant avant de répondre.

- Tom ! Je viens de te dire qu'il s'agissait sûrement de ta fille ! Alors bien évidemment que tu pourras la voir !

- Je ne sais pas... Je sais plus en fait... Elle va m'appeler "papa" ? demanda Tom dans une grimace.

- Je ne peux pas répondre à ça, je n'en sais rien, je ne sais absolument rien de ce bébé... Je ne sais pas Tom mais je suppose que si tu le veux oui...

- Je ne sais pas si je le veux...

- Écoutes... Je vais aller voir à l'appartement de Deby cette après-midi... Si vous n'avez rien d'autre à faire et si tu trouves une bonne excuse pour ton frère... Viens avec moi si tu veux !

- Non !... Oui... Je ne sais pas... Faut voir...

- Allez viens... Il doit rester du café... J'ai l'impression que ça ne te ferait pas de mal !

- Je n'aime toujours pas ça mais là je crois aussi que ça s'impose...

~~~

- Vous êtes encore là ? s'exclama Bill en réapparaissant dans la cuisine les cheveux encore humides de sa douche.

- Non non on n'est pas là... tu nous vois mais on n'est pas là ne put s'empêcher de répondre Lilou avec sarcasme alors qu'elle servait un café à Tom.

- Lilou... Soupira Tom

- Ok ok... Je dis plus rien ! s'exclama la jeune femme en reposant la cafetière sur la table. Je vous laisse entre vous ! Dis-moi au moins que tu m'as laissé de l'eau chaude ?! Ajouta-t-elle à l'attention de Bill en passant près de lui.

- Dans le pire des cas une bonne douche froide ça a au moins l'avantage de remettre les idées en place ! Ça ne te ferait pas de mal !

- Alors si tu crois que...

- ça suffit vous deux ! S'énerva Tom en se levant. Ras-le-bol de vos conneries ! Vous croyez vraiment que c'est le moment là ?! Ajouta-t-il en claquant la porte de la cuisine derrière lui.

- Désolée jeta Lilou dans un murmure en s'apprêtant à le suivre.

- Non ! Attends ! S'exclama Bill en la retenant par le bras. C'est moi qui suis désolé...

- Ok alors on est tous les deux désolés se moqua gentiment Lilou en essayant de se dégager. Je te laisse, je vais prendre ma douche et je te promet de ne pas t'arracher les yeux en sortant si l'eau est froide ajouta-t-elle dans un sourire. Enfin pas cette fois en tout cas !

- ...pour tout... ajouta Bill en assurant son emprise sur le bras de la jeune femme.

- Quoi ? fit Lilou en levant vers Bill un regard d'incompréhension.

- Je suis désolé pour aujourd'hui... pour cette nuit... mais aussi pour... il y a deux ans...

Prise d'un soudain malaise la jeune femme piqua du nez vers ses chaussures et se mit à fixer un point au hasard sur le carrelage de la cuisine, incapable de répondre.

- Je... reprit Bill.

- Je ne suis pas prête à reparler de ça... pas maintenant l'interrompit Lilou à voix basse avant de se dégager doucement de l'emprise du jeune homme. Je ne suis même pas certaine d'en avoir envie... Je vais prendre ma douche ! Ajouta-t-elle en sortant aussitôt.

~~~

- Bonjour Emi ! Ça va ? Lança Lilou en apercevant la jeune femme qui sortait de sa chambre. Gus dort encore ?

- Non non il arrive ! Je peux te parler ? demanda Émilie discrètement.

- Oui bien sur, je t'écoute répondit Lilou intriguée.

- Non... pas ici fit Émilie en désignant Tom que Bill avait rejoint dans le salon.

- Ok... Viens par là alors murmura Lilou en l'entraînant dans le bureau. Qu'est-ce qui se passe Emi ? Enchaîna-t-elle une fois la porte refermée sur elles.

- Tu vas vraiment rester ici ? Attaqua la jeune femme sans préambule en s'installant dans le fauteuil face au bureau.

- Oui... Quelques jours. Pourquoi ?

- ...Besoin d'aide ?

Plissant les yeux, Lilou regarda plus attentivement la jeune femme qui elle semblait fuir son regard.

- Il y aurait-il quelque chose que tu saurais et que j'ignorerais encore Emi ?

- Je vous ai entendu quand vous vous êtes enfermés ici avec Tom tout à l'heure lâcha Emi en lui jetant un rapide coup d'oeil.

- Merveilleux ! s'exclama Lilou en levant les bras au ciel. Là d'un coup je me dis que les voisins ont bien du se régaler avec des murs aussi minces toutes les années où on a vécu ici ! Bon... Vas-y !

- Vas-y quoi ?

- Bah j'imagine que tu veux les détails alors vas-y... pose tes questions !

- Tu te trompes Lilou ! Rétorqua la jeune femme en se redressant sur son siège pour venir plonger ses yeux dans ceux de Lilou. Je pense plutôt que c'est moi qui ai des choses à t'apprendre...

Perplexe, Lilou qui était jusqu'alors assise sur un coin du bureau en fit le tour et s'asseya dans le grand fauteuil de son père.

- Comment ça TU as des choses à m'apprendre ?

- J'étais au courant pour Deby...

- QUOI ? S'exclama Lilou en se redressant brusquement sur son siège.

- Chuttt... Je te signale que Gus ne sait rien et qu'il est juste à côté chuchota Emi un doigt posé sur sa bouche.

- Oui bah si toi tu as tout entendu... rétorqua Lilou sur le même ton.

- Non c'est juste que je passais devant la porte et que j'ai saisi quelques bribes... Si je n'avais pas été au courant je n'aurai même pas relevé mais là... Et puis c'est surtout que je ne savais pas que Deb avait fini par te le dire...

- Non !

- Non quoi ?

- Non elle ne m'a jamais rien dit ! C'est sa grand-mère qui ma remis une lettre qu'elle lui avait écrite et dans laquelle elle expliquait tout... ou presque ! D'ailleurs elle m'a dit aussi que personne d'autre en dehors de Deby et elle n'était au courant... Tu peux m'expliquer comment tu peux être au courant toi ?

- Deb a du être dérangée quand elle a fait son test de grossesse... commença Émilie d'un air songeur. Toujours est-il qu'en rentrant en Allemagne le jour même avec vous, je l'ai retrouvé au fond de ma trousse de toilette. J'imagine que dans la précipitation et perturbée comme elle a du l'être, elle n'aura pas fait attention, ou alors qu'il aura glissé... J'en sais rien à dire vrai, tout ce que je sais c'est qu'il s'est retrouvé dans mes affaires...

- Et alors ? Tu as fait quoi ?

- Rien sur le coup parce que j'étais moi-même pas mal perturbée par les derniers événements... Mais quelques jours plus tard je l'ai appelé pour lui en parler...

- ...et forcément comme ça devait être un peu lourd à porter, elle t'en a parlé termina Lilou la voix rauque. Sa grand-mère, toi... Il n'y a bien qu'avec moi qu'elle ne voulait absolument pas en parler on dirait soupira tristement la jeune femme.

- Ne dis pas n'importe quoi ! Je l'ai su involontairement et si ça peut te consoler, elle n'a plus jamais voulu aborder le sujet avec moi par la suite, si ce n'est pour me lâcher des "Tout va magnifiquement bien pour moi Emi, je suis très heureuse, ne t'inquiète de rien..." !

- Oui mais elle a bien du t'en parler quand même quand elle a accouché non ?

- Pas elle !

- pas elle ? Mais qui d'autre encore est donc au courant ?

- Erwan...

- Erwan... Oui mais bon à côté de ça elle vivait un peu chez ses parents à lui donc... j'imagine qu'il était difficile de le lui cacher !

- Il faut quand même que tu saches quelque chose. J'ai appris la naissance de Lisa totalement par hasard. J'ai appelé Deb et je suis tombée sur Erwan. C'est là qu'il m'a annoncé qu'elle venait d'accoucher d'une petite fille. En discutant j'ai aussi appris que jusqu'à quelques jours avant son accouchement, Deby avait décidé de confier sa fille à l'adoption... C'est pour ça qu'elle n'en a jamais parlé à personne.

- A l'adoption ? Répéta Lilou éberluée

- Oui...

- Mais pourquoi ?

- Je ne sais pas Lilou ! répondit Émilie sincèrement désolée du désarroi dans lequel elle venait de plonger son amie. Je ne suis même pas sure que quelqu'un d'autre à part elle connaissait ses raisons...

- Mais à sa grand-mère elle écrit qu'elle a voulu ce bébé pour se prouver... commença Lilou. Tiens, lis plutôt ajouta-t-elle en lui tendant la lettre de Deby.

Cinq bonnes minutes passèrent durant lesquelles Lilou essaya d'imaginer les angoisses par lesquelles avait du passer sa meilleure amie sans qu'elle n'en ai jamais rien su, ni même rien soupçonné...

- Oui mais regarde la lettre date de la veille de son accouchement reprit Émilie après sa lecture. Avant cela sa grand-mère ne savait rien non plus !

- Et alors ? S'enquit Lilou qui ne saisissait pas bien le rapprochement.

- Et alors ? Répéta Émilie. Bah ça vient seulement confirmer ce qu'Erwan a dit ! A savoir qu'elle n'a parlé de sa grossesse à sa grand-mère que lorsqu'elle a pris la décision de garder sa fille, ça laisse supposer aussi que tout ce qu'elle a écrit à sa grand-mère sur sa volonté de garder tout ça pour elle pour se prouver qu'elle en était capable... c'était juste parce qu'elle culpabilisait d'avoir eu l'idée d'abandonner sa fille et qu'elle craignait que le seul soutien familial sur lequel elle pouvait compter malgré son silence, c'est à dire sa grand-mère, ne la juge et lui tourne le dos !

- C'est tordu mais ça se tient...

- Bien sur que ça se tient ! C'est sans doute la même raison pour laquelle elle n'a jamais rien dit à personne et c'est parce qu'elle n'avait jamais rien dit de sa grossesse qu'elle n'a jamais eu le courage d'annoncer la naissance de Lisa à qui que ce soit et surtout pas à toi qu'elle devait avoir l'impression d'avoir trahi !

- C'est un peu tirer par les cheveux...

- Essaye seulement de te mettre à sa place ne serait-ce que deux secondes et répète moi que c'est tiré par les cheveux ! Argua Émilie avec conviction.

- Non c'est certain... tu as sans doute raison... mais elle n'aurait pas pu cacher sa fille éternellement ! C'était absurde comme raisonnement !

- Elle avait peut-être l'intention d'en parler... Elle attendait peut-être le bon moment, la bonne occasion... Elle a juste été prise de court par... Dis toi que quand tu as commencé à dissimuler un truc pareil à tes amis et pire même... à tes parents... Revenir dessus ça doit demander une sacrée dose de courage !

- Oui mais sa grand-mère quand même... Elle aurait pu en parler elle ou tout du moins essayer de la convaincre d'en parler non ?

- Qui te dit qu'elle ne l'a pas fait ?

- Personne... Et toi... Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

- Ça n'était pas mon secret !

- Oui mais quand même ! C'était ma meilleure amie... Et quand on a su... pour l'accident ?

- Je ne serai pas retournée en Allemagne sans t'en avoir parlé mais reconnaît que c'était difficile, vu le contexte, de trouver le bon moment ces derniers jours...

- Oui c'est vrai... Oh mon dieu je me sens tellement nulle par rapport à tout ça ! J'ai rien vu, rien ressenti... On semblait tellement proche pourtant ajouta Lilou accablée.

- Ne te fustige pas non plus ! L'essentiel c'est que tu sois là maintenant pour faire ce qu'il faut...

- J'aurai préféré être là pour faire ce qu'il fallait quand elle avait besoin de moi et qu'elle était encore vivante et bien vivante ! Rétorqua Lilou avec colère.

- Oui mais on en est plus là maintenant !

Se prenant la tête dans les mains, les coudes appuyés sur le bureau, Lilou exhala un long soupir.

- Je ne sais même pas où est sa fille...

- Tu devrais commencer par aller voir Erwan lui conseilla Émilie. Je viens avec toi si tu veux ?

- Comment tu vas expliquer ça à Gus ?

- Il doit repartir. Il est attendu, il a un engagement jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Je lui dirai que je reste pour te soutenir fit la jeune femme en se levant du fauteuil. Je sais qu'il comprendra.

- J'ai proposé à Tom de m'accompagner aussi lança Lilou en se levant à son tour.

- Comment il a réagit ?

- Comme un mec de 25 ans, plutôt insouciant, guitariste renommé avec une carrière internationale et un planning surchargé qui vient de perdre probablement la seule femme dont il est jamais été amoureux et qui dans la foulée apprends qu'il est sans doute le père d'une petite fille d'approximativement un an !

- Mais Lilou... Ce n'est pas Tom le père !

- QUOI ? Hurla presque la jeune femme en se laissant retomber dans le fauteuil.

- Ça n'est pas Tom le père du bébé de Deby articula Émilie une nouvelle fois.

- Comment ça ça n'est pas Tom le père ?... Mais... mais qui veux-tu que ça soit d'autre ?

- Tom t'a dit que c'était lui ? Interrogea Émilie abasourdie. Ils ne dormaient même plus ensemble depuis le début de la tournée... C'est tout juste s'ils se toléraient dans la même pièce !

- Mais... mais pourquoi elle est restée alors ? Et pourquoi elle voulait absolument parler à Tom ? Et si ce n'est pas Tom... C'est qui ?

- Bah Max voyons !

- Max ? Attends... Qu'est ce qu'il vient faire dans toute cette histoire Max ?

- Quand les gars ont recherché un ingénieur du son pour leur tournée en France, ils ont proposé Max à David et Max nous a rejoint presque aussitôt ! Mais je croyais que tu le savais ! Quand ça a commencé à mal tourner entre Tom et Deby, elle s'est naturellement tournée vers Max, sans doute au début uniquement pour se rappeler tout ce que vous aviez pu partager avant mais à la fin... Ils étaient tout le temps ensemble.

- Et tu es sure que Deby et Max... ?

- J'y mettrai ma main au feu ! En tout cas je miserai plus sur Max que sur Tom qui n'était jamais là ! Et quand il était là et qu'il ne dormait pas... Ils s'engueulaient !

- Mais pourquoi j'ai rien su pour ça aussi ? Pourquoi elle ne m'a rien dit ?

- Je te rappelle que tu n'es venue nous voir qu'une seule fois, et en coup de vent... On peut pas dire que tu sois restée suffisamment longtemps pour avoir une vraie conversation avec Deby et encore moins pour faire le tour du staff !

- Oui... c'est vrai... Mais Tom ? Pourquoi il ne m'a rien dit lui plutôt que de me jouer la comédie ? Et... Je vais le tuer... JE VAIS LE TUER ! s'exclama soudain Lilou en se ruant sur la porte du bureau comme une furie.

~~~

- Lilou NON ! Pas comme ça s'écria Émilie en se précipitant derrière la jeune femme pour tenter de l'intercepter.

Mais Lilou faisait déjà irruption dans le salon sous le regard sidéré des garçons que Gus avait rejoint.

- Pourquoi tu m'as fait un tel numéro tout à l'heure ? Pourquoi un tel cirque alors que tu sais très bien que ça n'est pas toi ? Ça t'amuse ? Hurla-t-elle en s'adressant à Tom qui la fixait sans comprendre. Tu trouves que les choses ne sont déjà pas assez difficiles ? Tu me... Tu me...

- On peut savoir ce qui se passe là au juste ? La coupa Bill en s'interposant entre elle et son frère.

- Demande donc à ton frère cracha Lilou que la rage étouffait presque. Peut-être que tu auras la chance d'avoir la vraie version toi après tout ajouta-t-elle en tournant les talons aussi vite qu'elle était arrivée pour attraper sac et manteau, et  sortir de l'appartement en claquant la porte.

- Lilou ! Lilouuuuuuuuuu... s'écria la voix d'Emilie dans son dos tandis qu'elle dévalait les escaliers à toute allure.

"De l'air ! Elle avait besoin d'air !... »

Débouchant sur le trottoir au pied du bâtiment les joues inondées de larmes qu'elle n'arrivait plus à contenir, Lilou bifurqua sur sa droite vers la station de taxi et s'engouffra dans le premier véhicule disponible.

- Bonjour ! Je vous dépose où Mademoiselle ? Lui demanda aimablement le chauffeur.

- Aucune idée ! Lâcha-t-elle entre deux sanglots nerveux. Est-ce qu'on peut juste rouler pour le moment ? J'ai besoin de réfléchir...

~~~

Pendant ce temps à l'appartement

- Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qui se passe ? s'exclama Bill complètement dépassé par la situation et toujours planté au milieu de la pièce.

- Ton abruti de frère a juste laissé croire à Lilou que... Emilie qui venait de revenir dans l'appartement s'interrompit net en fixant Tom pour l'exhorter à finir sa phrase.

- Que quoi ? demanda Bill en se tournant vers son frère.

- Je n'ai aucune certitude Emi commença ce dernier en ignorant Bill. Je n'ai rien laissé croire. Je crois vraiment que ça peut être moi ! S'énerva Tom en se levant brusquement pour faire les cents pas. Ça me ferait trop mal au ventre d'imaginer que ça puisse être... S'interrompant la gorge nouée par la colère il envoya son poing contre le mur.

- Tu ne peux pas nier les faits ! Tu n'étais jamais là et elle passait tout son temps avec lui !

- Arrêtes de me rabâcher ça tu veux ! Je sais très bien ce qui s'est passé et pourquoi... mais contrairement à ce que tu as l'air de croire, on tenait encore l'un à l'autre... C'est juste ce foutu pacte qu'on avait fait... Mais peu importe en tout cas on... Tu ne veux pas que je te fasse un dessin non plus ?

- Hey tu te détends mon pote ! Balança Gus en se plaçant près d'Emilie.

- Oui Bonne idée ça... Tout le monde se détends reprit Bill. Et maintenant vous nous expliquez parce que là...

- Il n'y a rien à expliquer pour le moment jeta Tom en lançant un regard furieux à Emilie. Je vais essayer de retrouver Lilou jeta-t-il en attrapant son blouson pour sortir.

- Attends je viens avec toi...

- Hey ! Mais vous allez où exactement s'exclama Bill.

- J'imagine que tu restes ici demanda Gus en accompagnant Emilie jusqu'à la porte.

- Oui... Je peux pas les laisser seuls tous les deux ou sinon ça va se terminer dans un bain de sang répondit la jeune femme dans un sourire. Et puis il ne sait pas où la chercher... Tu comprends ? S'enquit-elle en posant une main câline sur le torse de Gus.

- Pas du tout mais j'imagine que tu m'expliqueras plus tard ?!

- Promis ! Je t'appelle ce soir et je te raconte tout ajouta-t-elle en l'embrassant avant de s'envoler à son tour.

- Et nous ? On fait quoi nous ? s'exclama Bill alors que Gus refermait la porte derrière Emilie.

- Toi je sais pas mais moi j'ai intérêt à me grouiller si je ne veux pas rater mon vol. Tu peux m'appeler un taxi le temps que je rassemble mes affaires ?

- Ok je m'en occupe...

- Dis Bill !? Cria soudain le jeune homme de la chambre où il était parti chercher son sac de voyage. Tu as vu Georg ce matin ?

~~~

Plus tôt dans la matinée pendant que Lilou est enfermée avec Tom dans le bureau et que Bill est sous la douche.

Lorsque Georg émergea, il avait les idées claires.

S'il y avait bien une chose que la vie lui avait appris ces derniers jours, c'est qu'elle pouvait être bien plus courte encore que ce que l'on pouvait imaginer.

Il avait assez perdu de temps comme ça ! Il était temps d'agir !

Une fois habillé, il entrouvrit sa porte pour s'assurer qu'il ne croiserait personne et se faufila discrètement hors de l'appartement, juste à temps pour éviter Emilie, qui sortait de sa chambre.

Arrivé à la station à quelques pas de l'immeuble, il interpella le premier taxi qui se présenta.

- Je souhaiterai me rendre à cette adresse s'il vous plait articula-t-il dans un français hésitant en tendant un morceau de papier où se trouvait inscrite la dernière adresse connue d'Orlane à Paris

~~~.

Suite page 2

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Dernière mise à jour de cette page le 27/12/2008

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