- Allo ? C'est moi...
Vingt ans après et les vieux réflexes avaient encore la vie dure...
Je me souviens parfaitement du jour où je l'ai aperçu pour la première fois.
Après presque 3 heures de route embouteillée, mon père nous avait déposé avec ma mère et mes deux petits frères sur le terrain de camping qui avait vu naître mes premiers émois d'adolescentes, mes premières déceptions... ce que j'ignorait encore, c'est qu'il allait être aussi le théâtre de ma première vraie passion amoureuse...
Alors que tout était enfin installé et que le soleil commençait à décliner à l'horizon, l'arrivée d'un gros camion blanc sur l'emplacement voisin du leur, était venu perturbé la douce quiétude de cette première soirée de vacance.
Curieuse, j'avais observé discrètement le couple et ceux que je croyais être leur deux seuls enfants. Après avoir déchargé leur affaires, ils avaient commencé à s'installer lorsque le vrombissement d'une moto était venue les interrompre... et me distraire...
C'est ce jour-là que tout avait commencé...
- Tu as quelqu'un ?
- Oui et trois enfants aussi... et toi ?
- séparé... une fille
- séparé ?
- Oui
- Christelle ?
- ...oui... Christelle...
- Ah...
Truc absurde : j'avais totalement flashé sur ce type que je ne connaissais même pas !
Les 15 jours qui avaient suivi je m'étais contentée de le reluquer à tout va, parfois discrètement, d'autre beaucoup moins... pas toujours aidée en cela par mon frère, de 5 ans mon cadet, qui ne se gênait pas pour faire des allusions souvent plus que douteuses et toujours peu discrètes !
Ma mère de son côté avait fait la connaissance de sa mère à lui autour du bac à vaisselle et depuis elles se retrouvaient régulièrement autour d'un café ou d'une boisson fraîche pour parler enfants ou maris... c'était selon...
Même mes deux frères avaient finalement réussi à se faire "adopter" par la tribu d'à côté et c'était souvent qu'après le dîner ils les rejoignaient pour une partie de volley ou de foot improvisée... sans compter les nombreuses fois ou mon petit frère, le petit dernier âgé de 7 ans collait à ses basques à "lui" quand il bricolait sur son engin...
Moi par contre... Je restai dans mon coin... à observer... à "L" 'observer...
- Tu bosses avec ton père ?
- Oui. Il a prit sa retraite. Il m'a cédé ses parts. ça n'intéressait pas Jimmy et Jeremy de la reprendre alors c'est moi qui m'en occupe, ils sont toujours intéressés au chiffre mais c'est moi qui gère la boîte. On a 30 employés maintenant... ça tourne plutôt fort... pas de quoi se plaindre ! Et toi ?
- Rien.
- Rien ?
- Non rien. J'ai terminé mes études, travaillé... et puis j'ai rencontré la bonne personne et j'ai fait ma vie...
- La bonne personne...
*Fichu coeur, que ce coeur qui battait à tout rompre et me coupait presque la respiration*
- Oui, la bonne personne.
Par mon frère cadet, et meilleur ami à l'époque, j'avais appris qu'il travaillait de temps en temps pour aider son père dans son entreprise de Prestations de Services. Il rejoignait alors son père en moto chez eux et le lendemain il se levait vers 3 ou 4 heures du matin pour rendre présentables les locaux des petites et moyennes entreprises, avant leur ouverture. Dans ces cas là, j'étais déjà debout depuis longtemps à guetter son retour lorsqu'il réapparaissait.
A cette époque là, j'étais dans ma période chouchoux fluos que je cloquais absolument partout, aux bras, aux poignets, aux chevilles et aussi dans les cheveux en les entortillant autour d'innombrables couettes, à la Cindy Lauper, j'étais réservée certes mais déjà pas franchement "traditionnelle"...
Un matin, après avoir aidé son père, j'étais assise en tailleur devant ma tante en train de faire je sais plus quoi exactement lorsque j'entends sa moto... Je sens alors mon coeur qui lâche et mes mains se mettent à trembler, je lève les yeux et il est là, juste en face de moi. Il enlève son casque et me sourit... J'ai cru que je pouvais mourir après ça !
Je reprends enfin mes esprits et lui rend son sourire en essayant de maintenir le peu d'assurance qui me restait après ça et je le vois s'approcher de moi, sans manquer de jeter au passage un regard du côté du mobil de mes parents... qui n'étaient pas là !
Arrivé à ma hauteur, il s'accroupit et avec son sourire renversant me lance un : "salut, j'ai un truc pour toi !" en me tendant un petit sachet plein de chouchoux multicolores dedans.
Forcément, je me pâme... et il m'achève aussitôt avec un : "je t'en ramènerai d'autres si tu veux"
Limite agonisante, je rougis, je cafouille, je bafouille et j'arrive enfin à lui sortir un : "Merci c'est super gentil... fallait pas..."
il me dit : "bah ça m'a rien coûté et j'ai vu que tu aimais ça" (--')
Ensuite il s'arrête un instant, je le sens embarrassé, je le suis tout autant et me sens incapable de venir à son secours en lançant la moindre conversation et d'un coup il me lâche : "tu aimes la moto ?"
moi : Oui mais avec mes parents, c'est pas possible
lui : Ah ? pourquoi ?
moi : ça serait trop long à expliquer...
lui : dommage j'allais te proposer d'aller faire un tour
Je ne sais toujours pas ce qui m'ai passé par la tête ce jour-là mais je me souviens parfaitement que j'ai relevé la tête et rétorqué spontanément : Ils sont pas là...
il s'est relevé et m'a fait : je t'emmène ?
je me suis levée à mon tour, un peu maladroitement en me demandant encore si j'étais tout à fait nette et j'ai articulé un 'ok' limite audible... et je l'ai suivi jusqu'à sa moto.
Là il s'est retourné d'un coup et il m'a sortit : "c'est Nathalie ton prénom n'est ce pas ?"
Le petite malin il savait y faire quand même !.
C'était exactement ça... mais je ne l'ai su que bien plus tard ! Et à mes dépends ! Forcément...
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