Des mois qu'elle était malade, des mois que nous espérions qu'elle en viendrait à bout...
- chérie, tu as réussi à joindre ta mère ?
- pas encore... Je ne veux pas appeler trop tôt...
Mensonge ! Cela faisait déjà trois fois que je prenais le téléphone et que je le reposais... je n'y arrivais pas et je ne comprenais pas pourquoi.
Nous étions le lundi 23 décembre 2002. Maman devait sortir de l'hôpital le lendemain matin et nous devions tous nous retrouver chez un de mes frères pour le réveillon de Noël. Je l'avais encore eu la veille au téléphone. Je l'avais senti fatiguée mais elle n'était obsédée que par ce réveillon dont elle se faisait une telle joie.
- tu as pensé aux assiettes à huîtres ? Et puis il faut prendre aussi les couverts à poisson et...
Elle n'en finissait pas de m'allonger la liste des choses que je ne devais absolument pas oublier d'aller chercher chez eux sous peine d'être accusée de crime contre l'esprit de Noël... Tout un programme.
- Tu comprends ton père il va vouloir bien faire mais il va m'oublier la moitié des choses... avait-elle repris
- Ne t'inquiète pas de ça maman. Repose toi plutôt. On s'occupe de tout... On te prépare un super réveillon...
- Oui mais pour les enfants, vous n'avez rien oublié de la liste que je vous ai fait pour acheter les cadeaux ? Tu es sûre ? Vérifie encore une fois....
- Je t'assure Maman, ça fait dix fois que je la reprends la liste. On a rien oublié et tous les paquets sont faits... Il ne reste qu'une chose à faire... que tu te reposes aujourd'hui et demain comme ça mardi matin quand Papa viendra te chercher pour t'emmener chez F et M (mon frère et ma belle-soeur) tout se passera bien et tu pourras tenir un peu plus longtemps avec nous pendant le réveillon.
- Je ne vais pas pouvoir m'occuper des enfants comme d'habitude commença-t-elle.
Un noeud se forma dans ma gorge.
- Ne t'inquiètes pas de ça...
- Je voudrais mais je ne pourrai pas tu sais...
- Je sais Maman...
Et ce fichu noeud dans ma gorge qui enflait jusqu'à m'étouffer...
- Je vais raccrocher ma chérie avait-elle ajouté d'une voix plus faible. Si je veux pouvoir danser demain...
J'avais ri doucement sachant parfaitement que si elle pouvait rester avec nous assise à table plus d'une heure ça serait déjà un exploit.
- Je te rappelle demain maman. Je t'embrasse fort... repose toi surtout.
- Oui, ne t'inquiètes pas... Je n'ai que ça à faire ici de toute façon. Je vous aime, dis aux enfants que je les aime et que je les embrasse fort...
- Nous aussi on t'aime. A demain.
Qu'est ce que j'aurai fait ou dit d'autre si j'avais su à ce moment là que c'était la dernière fois que je l'entendais me dire qu'elle nous aimait... Je l'ignore encore... Ce que je sais c'est que ce lundi qui a suivi j'ai tourné autour du téléphone pendant des heures et soudain il a retentit... C'était mon petit frère
- Il faut aller à l'hôpital... Maman c'est la fin...
Comme une automate j'ai raccroché, confié les enfants à une voisine et nous sommes partis pour l'hôpital.
J'habitais la Normandie à l'époque et maman était hospitalisée près de Paris... Il nous a fallu plus d'une heure pour arriver... Et elle, elle n'avait pas eu la force de nous attendre...
1. Isalou Le 17/12/2008 à 20:17
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