Sans titre 1 chapitre 1

 

Cela faisait deux mois que ses parents l'avait placé dans cette école. En fait eux l'appelaient pompeusement "institution" et s'enorgueillissaient de lui offrir une telle opportunité. Mais elle savait très bien ce qu'il en était exactement.

Ils étaient tous les deux débordés par leur métier respectifs et tous les moyens étaient bons pour soulager leur conscience du poids qu'une jeune fille de seize ans pouvait représenter.

Son père était avocat d'affaires, perpétuellement en déplacement, ses haltes à la "maison" en un an, elle pouvait les compter sur les doigts d'une seule de ses mains.

Quant à sa mère, vedette du grand écran, toujours entre deux tournages à l'étranger ou au mieux à l'autre bout du pays, elle se contentait de l'appeler quand elle se souvenait qu'elle avait une fille, environ une fois par mois si ça n'était pas sa période de grande dépression et en tout cas jamais au moment de son anniversaire... ça l'aurait fichu mal pour une femme prétextant avoir vingt ans de moins que l'âge inscrit sur son acte de naissance !

Et Rachel s'était retrouvée là... dans cet imposant bâtiment chargé d'histoire, à quelques kilomètres de la frontière canadienne...

La jeune fille soupira et resserra instinctivement ses bras sur les livres qu'elles tenaient contre sa poitrine. Son sac à dos pesait dans son dos et il lui restait encore un bon kilomètre à faire à pied et dans la neige, avant d'atteindre le bâtiment principal.

L'"Institution Greysen" était une école mixte privée. De réputation internationale, elle regroupait en ses murs la progéniture de la crème des crèmes d'ici et d'ailleurs et assurait les cours de la petite section de maternelle jusqu'à l'entrée en faculté. Son territoire s'étendait sur un parc arboré de vingt quatre hectares et si le bâtiment on l'on dispensait les cours se situait à une extrémité, les chalets-dortoirs des filles ainsi que ceux des garçons par section se trouvaient eux à son opposé. "Pour que les enfants n'est pas l'impression de vivre en reclus dans leur école" avait déclaré la directrice et propriétaire des lieux à son père lorsqu'il avait pris le temps de la conduire en ces lieux.

Tu parles... surtout pour empoisonner la vie des élèves qui devaient chaque matin se tenir prêts dès 6h pour prendre la navette qui venait les chercher au pied de leur chalet, histoire d'alourdir un peu plus un emploi du temps déjà surbooké et éviter qu'aucun ne songe à aller voir ailleurs si l'herbe était plus verte !... Le plus sur moyen pour les tenir sous leur coupe et leur enlever tout volonté de rébellion...

Elle détestait cette école, elle détestait ses parents et plus que tout elle détestait ce qu'elle était. Une jeune fille bien trop sérieuse, bien trop conforme à ce que l'on attendait d'elle et qui était incapable de faire face à une bande d'attardés qui s'acharnait sur elle depuis deux semaines...

 

- - -

 

Tout avait commencé pendant le cours de latin de Monsieur Afredino.

Sa classe, composée de vingt élèves, huit filles, douze garçons s'était retrouvée en sortie dans le bourg voisin pour visiter l'exposition dédiée à Pompéi et qui avait ouverte ses portes dans la grande salle des expositions de la bibliothèque de la ville.

D'un naturel assez solitaire, Rachel n'était pas encore parvenue à s'intégrer auprès de ses camarades et encore moins à se faire le moindre ami... tant fille que garçon... aussi lorsqu'il fallu se trouver un coéquipier pour répondre au questionnaire concernant l'exposition que leur professeur, profitant du trajet en bus, leur distribua et que ce fameux Monsieur Afredino, pensant l'aider, lui imposa d'emblé le dénommé Vento... Rachel piqua du nez vers ses genoux sans dire un mot puis tendit la main vers la liasse de feuilles que lui tendait le professeur... déjà résignée... Le sort s'acharnait...

Vento était un garçon plutôt sombre et renfermé mais qui ne manquait jamais de distillé ses petites phrases acides, histoire que tout le monde sache qu'il se fichait de tout et de tout le monde et qu'il aurait mille fois préféré être ailleurs. Son côté beau ténébreux rebelle et anarchiste faisait se retourner sur lui les regards envieux ou gourmands de ses camarades. C'était selon qu'il s'agissait des représentants de la gente masculine ou féminine. Et son air perpétuellement méprisant ne faisait qu'attiser cet état de chose.

L'institution n'imposait aucun code vestimentaire, et le jeune homme se plaisait à revêtir les vêtements les plus provocants qui soit pour afficher la couleur de son enthousiasme à se retrouver enfermé dans cette école "de fils et filles à papa" comme il se plaisait à le répéter avec dédain.

Rachel détestait Vento. Il l'impressionnait avec ses allures de loubars tout de cuir vêtu et cette violence contenue qui menaçait d'exploser à tout instant.

Si elle avait du se choisir elle-même son binôme, c'est bien la dernière personne vers qui elle se serait tournée... et même s'il avait été le dernier sur terre, elle aurait trouvé une excuse pour éviter d'avoir à partager quoique ce soit avec ce garçon... n'importe quoi... plutôt que d'être obligée de se tenir à ses côtés, assis dans ce bus, sur ordre du professeur de latin qui souhaitait que chaque groupe découvre ensemble les questions à traiter lors de la visite.

Elle détestait Monsieur Afredino.

 

- - -

 

La nature avait plutôt bien doté Rachel. C'était une jolie jeune fille, grande, élancée à qui tout réussissait dès qu'il ne s'agissait pas d'entretenir des relations sociales. ça, ses parents s'étaient bien gardés de lui transmettre le moindre de leur don de ce côté là et c'est certainement pas à leur contact plus que rarissime en seize ans d'existence qu'elle aurait pu en apprendre ne serait-ce que les rudiments !

De grands yeux bruns aux long cils recourbés dans un visage fin, encadré par des boucles mi-longues au reflet cuivré... c'était ce qu'on pouvait appeler la digne fille de sa mère : une vraie beauté. Mais Rachel ne voyait pas cela de cet oeil là. Pour elle, elle était trop maigre, trop longue, trop fade et sa confiance en elle était presque aussi grande que sa capacité à se trouver des amis... quelque chose comme égale à zéro.

De mauvaise grâce, Vento, jusqu'alors assis sur le siège central au fond du bus était donc venu s'installer près d'elle à l'avant, sous le regard courroucé de leur professeur à qui cette mauvaise volonté n'avait pas échappé.

En soupirant Rachel lui avait tendu le double de la liasse de feuilles qu'ils devaient étudié.

Il s'était alors tourné vers elle, hautain et le regard sombre et avait écarté les feuilles en lui jetant un "Compte pas sur moi".

Rachel avait soupiré à nouveau, de résignation et avait reposé les feuilles sur ses genoux en maudissant mentalement le ciel et tous ses saints de lui avoir encore joué une si mauvaise farce.

Sans se cacher, le jeune homme à ses côtés avait sorti les écouteurs de son mp3 et les avait vissé sur ses oreilles en adressant un regard provocateur à leur professeur qui ne le quittait pas des yeux. Ce dernier avait esquissé une tentative d'autorité mais c'était vite rendu à l'évidence. Il n'obtiendrait rien de plus que tous les autres membres adultes ou pas de cette si fabuleuse école avec ce Vento. Autant l'ignorer. Alors il s'était rassis près du chauffeur et n'avait plus tourner la tête une seule fois du voyage dans leur direction. Une fois de plus Rachel venait d'être rayé de la carte et pourtant elle n'avait rien fait pour cela...

C'est ensuite que les ennuis avaient commencé pour elle.

Lors de la visite de l'exposition, Rachel n'avait mis que très peu de temps à répondre à l'ensemble des questions. Boulimique de la lecture, elle avait déjà eu l'occasion de découvrir l'histoire de cette ville ensevelie sous la lave !... Aussi s'était-elle cherchée un coin tranquille dans un endroit reculé du parc de la bibliothèque pour mettre ses notes au propre... consciencieuse elle avait même l'intention de les recopier en double exemplaire pour en remettre un à Vento. Personne ne l'y obligeait, elle le savait... mais ça ne lui coûtait pas alors pourquoi ne pas le faire... elle n'avait rien de mieux à faire de toute façon.

Les autres binômes s'étaient retrouvés et regroupés entre eux pour partager leurs trouvailles et leurs éclats de rire... elle, elle n'avait personne avec qui partager quoi que ce soit, et ne le souhaitait pas vraiment. Quant à Vento, il avait disparu de sa vue sans un mot, à peine descendu du car et elle ignorait totalement où il pouvait bien se trouver à cet instant.

Avisant un banc près du mur d'enceinte qui ceinturait le parc, loin du brouhaha de ses camarades de classe et dissimulé derrière un grand sapin, Rachel s'y installa et commença à recopier ses notes quand des éclats de voix derrière le mur parvinrent jusqu'à elle.

Choisissant de les ignorer dans un premier temps, leur volume grandissant vint rapidement mettre à mal son application à se concentrer sur le travail à rendre. Elle se redressa excédée et tendit l'oreille.

A première vue une bagarre menaçait d'exploser et elle était presque certaine d'avoir reconnu la voix d'un des fauteurs de trouble.

La curiosité l'emportant, la jeune fille se leva en abandonnant ses notes sur le banc et longea silencieusement le mur en se guidant au son des invectives qui fusaient par dessus les pierres.

Elle se souvenait que lors d'une précédente visite à la bibliothèque municipale avec sa classe elle avait découvert, caché derrière une rangée de buissons, qu'un pan du mur avait cédé au temps et permettait à présent, par une trouée assez large, de se faufiler à l'extérieur du parc.

Sans chercher à comprendre ses motivations, la jeune fille s'engagea dans l'interstice de feuillage et de pierres et se retrouva de l'autre côté sur un chemin de forêt.

Quelque peu désorientée, elle s'appliqua tout d'abord à calmer le rythme désordonné des battements de son coeur avant de reprendre ses recherches.

Concentrée sur le bruit des voix qui amplifiait au fur et à mesure qu'elle se rapprochait, elle su qu'elle était sur la bonne voie au moment même où tournant légèrement sur sa gauche en suivant le mur, elle déboucha au coeur de la bataille sans rien pour la soustraire aux regards des participants.

Heureusement pour elle, ils étaient tous tellement bien occupés à se quereller qu'ils ne s'aperçurent pas immédiatement de sa présence.

Adossé au mur d'enceinte, Vento, une belle balafre lui barrant la joue droite, faisait face à trois autres garçons de leur classe. Trois garçons soi-disant bien sous tout rapport et sans histoire et qui se tenaient debout devant lui, les manches relevées et les poings menaçants.

La bagarre malgré l'infériorité du nombre du côté de Vento, semblait cependant avoir été équitable si on considérait l'oeil bleuissant de Jamie Driks et la lèvre éclatée de Martin Chalmers. Seul Justin Drumond semblait avoir échappé à la rage de Vento, ne présentant à priori aucune trace visible de coups. Tout du moins c'est ce que cru Rachel jusqu'à ce qu'elle voit Justin fondre en claudiquant sur Vento. Finalement, aucun des participants n'avaient été épargnés.

- Tu vas me le payer ! hurla Justin en fonçant tête baissée sur son adversaire.

Vento tenta l'esquive en vain, rapidement remis à sa place par Jamie et Martin qui l'avait encadré dés le début de l'assaut de Justin, empêchant toute éventualité de fuite. Ne pouvant éviter le choc, il se retrouva plié en deux, à genoux dans la neige fondue du chemin, cherchant par tous les moyens à reprendre son souffle avant que les trois compères ne profitent de sa faiblesse pour le rouer de coups.

C'est alors que Rachel, faisant fi de tout bon sens, s'était précipitée dans la mêlée sans réfléchir pour porter secours au jeune homme à terre. Dans le même intervalles, les trois autres garçons, craignant que leur professeur n'ait suivi cette petite fouine de Rachel, s'étaient envolés sans demander leur reste.

Rachel s'était alors retrouvée toute seule, soudain embarrassée et maladroite, à tenter de relever le jeune homme qui peinait à se remettre sur ses jambes.

Vento, celui qu'elle vouait aux abîmes de l'enfer le matin même, s'était laissé relever sans un mot, se contentant de la fixer de se regard pénétrant qui la mettait si mal à l'aise.

Ensuite elle l'avait ramené sur le banc du parc où elle s'était installée pour travailler quelques instants plutôt, et elle avait entrepris, toujours en silence, de lui nettoyer sa plaie avec des mouchoirs en papier et un peu d'eau de la bouteille qu'elle emmenait partout.

Vento s'était laissé faire, docilement et quand elle avait enfin eu terminé et alors qu'elle rangeait ses affaires dans son sac, il avait pris ses notes et avait gribouillé quelques mots dans la marge avant de se lever et de retourner vers la bibliothèque.

Intriguée, elle avait attendu qu'il ait passé le grand sapin qui les dissimulait aux regards des curieux et elle s'était empressée de lire ce qu'il avait écrit.

ça n'était que quelques précisions concernant les questions qu'ils étaient censés avoir traitées ensemble. Un sourire avait involontairement étirer les lèvres de Rachel puis elle avait ranger leurs notes dans son sac avant de rejoindre le reste de sa classe. Finalement, leur curieux binôme, d'une manière surprenante, avait porté ses fruits et c'est bien un travail collectif qu'ils pourraient rendre le lendemain...

Au moment de trouver une place dans le car une heure plus tard, Vento, toujours installé au fond du bus, l'avait fixé un instant puis s'était décalé d'une place pour lui permettre de s'asseoir. Elle avait rougi puis était venue s'installer à ses côtés. Aucun mot n'avait été prononcé entre eux et cela aurait pu sonner le début d'une amitié naissante si les choses n'avaient pas choisi de prendre une autre tournure, bien moins agréable pour elle.

 

- - -

 

Arrivée devant les marches de l'école, les élèves étaient tous descendus du bus un par un en passant devant leur professeur qui vérifiait à nouveau qu'il ne manquait personne.

C'est alors que Monsieur Afredino avait remarqué le cocard de Jamie Driks. Il avait froncé les sourcils en retenant le jeune homme par le bras et en le faisant passé près de lui pour qu'il se range à ses côtés. Était venu le tour de Martin Chalmers et de sa lèvre fendue et gonflée. Le petit homme lui avait alors réservé le même sort, et Martin s'était rangé près de Jamie. La démarche de Justin Drumond n'échappa pas non plus au regard acéré du professeur, et le garçon rejoignit ses acolytes derrière leur professeur. Vint alors le tour de Vento suivit de près par Rachel qui était la dernière à descendre. Monsieur Afredino ne fit aucun commentaire et exhorta les autres élèves à rejoindre leur classe avant de se tourner vers les quatre jeunes gens. hésitante, Rachel ne savait si elle devait rejoindre ses autres camarades ou assister à l'entretien qui s'annonçait. Elle choisit de rester et se posta discrètement près de Vento.

- Messieurs je crois qu'une explication s'impose. Suivez-moi dans mon bureau.

La petite troupe se mit en route à la suite du professeur et se retrouva rapidement dans le bureau que celui-ci occupait quant il n'était ni en charge de classe, ni de permanence auprès des élèves.

Tandis qu'il s'installait dans son fauteuil derrière son bureau. Les jeunes gens se placèrent debout face à lui, les uns à côté des autres, le regard haut et les mains croisés derrière de dos. C'était la règle à l'institution et nul n'aurait osé y déroger... sauf Vento qui avait nonchalamment passé son pouce droit dans le passant de sa ceinture et qui fixait narquoisement le petit professeur engoncé dans son siège.

- Messieurs, je vous écoute ! lança se dernier en croisant les mains sur son bureau.

Rachel était restée en retrait près de la porte, dissimulée à la vue du professeur par le dos des jeunes gens placés entre elle et son bureau. Elle attendait, attentive.

Un silence lourd répondit à l'attente de Monsieur Afredino.

- Rien à exprimer à propos de vos... contusions messieurs ? questionna-t-il à nouveau. Monsieur Modena ? ajouta-t-il en se tournant vers Vento. J'imagine aisément que vous êtes l'auteur des bleus et des plaies de ces jeunes gens.

En entendant injustement prononcé le nom de celui qu'elle savait être la victime, Rachel se raidit. Ici comme partout on attachait beaucoup d'importance aux apparences et ça n'était certes pas l'attitude nonchalante de Vento qui allait jouer en sa faveur comparée à celle de trois fils à papa tirés à quatre épingles et rôdés à l'art du subterfuge.

- Excusez-moi professeur... s'entendit prononcer la jeune fille avant même que ses propres mots n'arrivent jusqu'à sa conscience.

Réalisant qu'elle venait de prendre la parole sans y être invité et qu'elle ne pourrait plus reculer, Rachel s'avança et se glissa près de Vento.

- Vento Modena n'a rien à voir dans cette histoire. J'ai surpris une altercation entre lui et ses trois élèves fit-elle en désignant franchement les trois agresseurs. Et je suis intervenue lorsque Justin Drumond aidé de ses deux compères a mis Vento à terre. je n'ai aucune idée du pourquoi mais je peux vous assurer que Vento Modena n'était pas l'agresseur.

- Mademoiselle Connors... je ne me souviens pas de vous avoir convié à nous suivre ! s'exclama sévèrement le professeur. Retournez dans votre classe.

- Mais... commença Rachel

- Dans votre classe ! ordonna Monsieur Afredino.

Dépitée, Rachel jeta un regard vers Vento qui s'évertuait à maintenir le sien fixé sur un point au-dessus de la tête du professeur puis elle se tourna vers les trois autres. Un sourire mauvais soulignait la bouche de Justin tandis qu'elle croisait son regard menaçant. Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte... mais pas assez vite cependant pour ne pas entendre Jamie la traiter de balance à voix basse lorsqu'elle passa près de lui. Prenant alors conscience qu'elle venait elle-même de signer la fin de sa tranquillité au sein de cette école, elle accéléra le pas et sortit du bureau presque en courant...

Depuis ce fameux jour ça avait été l'enfer. Après trois jours d'apparente accalmie correspondant aux trois jours de renvoi des trois agresseurs, durant lesquels Vento, comme à son habitude, l'avait royalement ignoré, Rachel avait du essuyé les vexations, les mauvaises blagues et tous les autres petits jeux sadiques des trois garçons revenus en force et auxquels s'étaient ralliés une bonne partie des trois classes de 1ère.

La dernière datant du matin même...

Comme à son habitude son réveil avait sonné dans sa petite chambre à 5h précise. Elle s'était levée presque immédiatement et s'était rendue à la douche, en peignoir. A son retour, sa chambre avait été saccagée et elle n'avait plus trouvé aucun de ses vêtements. En larme et en silence, elle avait pris sur elle et avait consciencieusement remis de l'ordre dans sa chambre pour échapper aux foudres de la surveillante générale du chalet. Ensuite elle s'était assise sagement sur le fauteuil placé dans un angle de sa chambre et avait écouté les autres élèves terminés de déjeuner avant de sortir chaudement emmitouflés pour prendre la navette qu'elle avait entendu klaxonner peu avant 6h et qui devait les conduire jusqu'au bâtiment principal.

Osant enfin sortir de sa chambre elle s'était rendue à la buanderie où elle savait pouvoir trouver son linge de la veille dans le panier de linge à laver et elle l'avait ressorti en le défroissant sommairement avant de le remettre et de partir pour l'école, à pied, sans manteau et dans la neige.

Maintenant qu'elle s'approchait de l'école alors qu'elle avait déjà raté le premier cours de la matinée, elle se demandait bien comment elle allait pouvoir affronter le regard de ceux qui guettaient le moindre de ses faux pas.

Un sanglot s'étrangla dans sa gorge tandis qu'un long frisson de froid lui parcourait l'échine. Elle réajusta les bretelles de son sac à dos sur ses épaules et accéléra le pas.

Elle n'avait pas le choix de toute façon... elle ne s'était jamais sentie aussi seule et abandonnée qu'à cet instant, mais elle n'avait pas le choix... elle devait continuer d'avancer...

 

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Dernière mise à jour de cette page le 05/03/2009

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