Sans titre 1 chapitre 2

Transie de froid et les yeux rougis, Rachel arriva au bas des marches de l'institution et s'arrêta, indécise, ne sachant comment elle allait justifier son retard auprès de la conseillère d'éducation. Le bureau vitré de cette dernière se trouvait juste à l'entrée et il était inévitable de tomber sur elle pour accéder à sa salle de classe.

- Elle n'est pas dans son bureau fit soudain une voix derrière elle.

Tétanisée, Rachel pivota lentement sur ses talons pour découvrir Vento à quelques pas derrière elle, les bras chargés du lecteur vidéo dont les professeurs se servaient pour diffuser des reportages ou des films qui illustraient leur leçon. Ce dernier était remisé dans le petit local photo sous le bâtiment, auquel on accédait par l'extérieur. Ce qui expliquait la présence du jeune homme derrière elle à cet instant.

- Tu n'a encore raté aucun cours ajouta Vento en posant le matériel sur la première marche avant d'enlever son perfecto pour le lui poser sur les épaules. Mademoiselle Dupuis s'est faite portée pâle ce matin et il semblerait que nous n'ayons pas de cours de français de toute la semaine. Quand au cours de science, Monsieur Forest a décidé de réunir toutes les 1ères en salle de projection pour nous diffuser un documentaire sur la migration des oiseaux. Ils attendent après moi fit-il en récupérant l'appareil. Je te conseille d'attendre que la salle soit plongée dans le noir pour te glisser dedans si tu veux passer inaperçu lança-t-il avant de monter les marches d'un pas décidé.

Rachel hésita un bref instant puis réconfortée par la chaleur enveloppante dégagé par le blouson de Vento, respira un grand coup avant de s'élancer à la suite du jeune homme.


- - -


N'ayant pas fait de vague suite au dernier incident, Rachel avait espéré que les esprits se calmeraient et qu'elle pourrait ainsi retrouver sa tranquillité. Mais les jours qui suivirent les blagues douteuses redoublèrent d'intensité et après sa chambre ce fut au tour de son projet de science d'échouer malencontreusement à ses pieds alors qu'elle venait d'en faire les dernières mises au point avant de le présenter à leur professeur devant toute la classe.

Le professeur Forest s'était énervé, l'avait traité de maladroite et elle s'en était tirée avec un zéro pointé ainsi qu'un devoir supplémentaire à rendre dès le lendemain sur les particularités des cigognes en matière de migration.

Rachel sentait ses dernières résistances se fissurer, la fièvre et les quintes de toux qui ne la quittaient plus depuis qu'elle s'était rendue en cours à pied et sans manteau n'étant pas étranger à son découragement, elle se laissait déconcentrer facilement et piquait du nez à la moindre occasion.


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Alors qu'une fois de plus, elle s'était laissée surprendre par le sommeil pendant la projection d'un court-métrage en cours d'anglais, laissant lourdement tomber sa tête au creux de ses bras croisés, un mouvement derrière elle la rappela à l'ordre.

- Mademoiselle Connors ! rugit Miss Hawkins, leur professeur d'anglais, faisant sursauter par là même l'ensemble de la classe. Je vous conseille de rassembler vos affaires immédiatement et de vous rendre dans le bureau de Madame la Directrice à laquelle vous expliquerez votre évident besoin de sommeil pendant mes cours.

- je suis désolée... bafouilla Rachel.

- Dehors !... Qui veux accompagner cette demoiselle jusqu'au bureau de Madame la Directrice ?

- Moi madame !

- Monsieur Modena ? s'exclama Miss Hawkins surprise. Très bien... allez-y mais n'en profitez pas pour traîner dans les couloirs.

Tandis que la jeune fille remettait maladroitement ses affaires dans son sac, Vento s'approcha d'elle et lui prêta main forte avant de l'accompagner jusqu'à la porte qu'il ouvrit avant de la laisser passer devant lui.

Rachel le remercia et s'engagea dans le couloir en direction du bureau de Madame Greysen, leur directrice.

- ça n'a pas l'air d'aller...

- Quoi ? fit Rachel en se tournant vers le jeune homme, un air égaré sur le visage.

- Tu n'as pas l'air de te sentir bien répéta calmement Vento.

- Un léger coup de froid... c'est rien répondit la jeune fille dans un murmure.

- Tu devrais commencer par passer par l'infirmerie avant de te rendre dans le bureau de la Reine-Mère renchérit le jeune homme en lui indiquant de l'index la porte laissée ouverte par l'infirmière de garde.

- ça va aller, accompagne-moi chez Madame Greysen qu'on en finisse !

- D'abord tu vas à l'infirmerie ! rétorqua Vento avec autorité en posant ses deux mains sur les épaules de la jeune fille et en la poussant dans le local de l'infirmière.

- Mademoiselle... Monsieur... que puis-je faire pour vous lança jovialement la petite bonne femme installée derrière son bureau en les voyant entrer l'un derrière l'autre.

- Il s'agit de Mademoiselle Connors, Madame. Elle ne se sent pas bien depuis quelques jours et s'endort en cours répondit Vento en prenant la situation en main.

- Mais que va dire Miss Hawkins ? protesta Rachel en se laissant entraîner par l'infirmière derrière le rideau blanc qui abritait des regards la salle d'auscultation.

- Je m'en charge lui souffla Vento avant qu'elle ne disparaisse de sa vue.

Et il sortit de l'infirmerie, la laissant aux bons soins de l'accorte petite bonne femme.

- Alors Mademoiselle Connors... que vous arrive-t-il ?

La jeune fille hésita à répondre puis épuisée, fondit en larme et raconta à l'infirmière tout ce qu'elle avait traversé depuis l'épisode de la bibliothèque sans en omettre aucun détail.


- - -


Si parler à l'infirmière de tout ce qui lui était arrivée lui avait fait un bien fou, cela n'avait pas changé grand chose à l'affaire. Madame Chambers avait beau être une femme absolument adorable et compréhensive, elle n'avait aucun poids dans l'école si ce n'était celui que lui conférait son rôle de soignante et elle se contentait donc de noter ce que les élèves lui rapportaient dans leur dossier avant de les ranger dans les grands classeurs en fer qui trônaient le long du mur au fond de son infirmerie.

Après une sieste imposée dans sa salle d'examen, elle avait fait appeler la navette qui s'était chargée de reconduire Rachel dans sa chambre au chalet et lui avait imposé un repos forcé de trois jours avant toute reprise de cours.

- Vous avez une bonne bronchite et de la température. Je vous interdis de quitter votre lit tant que celle-ci ne sera pas retombée. Je me charge d'avertir Mademoiselle Dupuis votre professeur principal ainsi que Madame la Directrice avait-elle rétorqué devant les protestations de la jeune fille. Maintenant vous filez vous mettre au lit, je préviens votre surveillante générale qui se chargera de vous administrer vos antibiotiques et qui veillera à ce qu'on vous laisse récupérer. C'est compris ? avait-elle ajouté faussement sévère.

- Très bien Madame avait murmuré Rachel trop faible pour discuter.


- - -


Le premier jour de sa convalescence, Rachel l'avait passé blottie sous sa couette oscillant entre conscience et sommeil profond sans que personne ne vint troubler son repos bien mérité.

Le jour suivant, alors que la matinée s'achevait et qu'elle imaginait déjà les élèves de l'école se dirigeant vers le réfectoire alors qu'elle serait servi d'ici peu d'un plateau soigneusement confectionné que lui porterait la surveillante générale, un grattement se fit entendre contre la vitre de sa fenêtre qui donnait sur l'arrière du chalet.

Intriguée, elle se redressa sur son lit et prêta une oreille attentive aux bruits alentours.

N'entendant rien, elle cru avoir rêvé et elle se rallongea... quand le bruit résonna à nouveau.

Cette fois-ci, elle se leva, encore toute courbaturée, et se dirigea vers la fenêtre qu'elle ouvrit en grand.

- Vento ? s'exclama la jeune fille en l'apercevant adosser contre le mur, un genoux replié sous lui alors qu'il s'amusait à débarrasser un bout de bois de son écorce. Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je voulais juste savoir si tu te sentais mieux répondit le jeune homme en tournant la tête vers elle.

- Mais tu ne devrais pas être au réfectoire à cette heure là ?

- Si, il paraît. J'ai prétexté avoir oublié mon livre de biologie pour qu'on me laisse retourner au chalet. Je serai bien passé par la grande porte pour venir te saluer mais ton garde chiourne n'a rien voulu entendre ajouta-t-il dans un sourire.

Rachel lui rendit son sourire.

- Comme son nom l'indique, ici il s'agit du chalet des filles et toi tu es un garçon, donc tu n'as absolument pas le droit selon les règles très strictes de cette institution, de mettre un pied dans ce chalet répondit-elle en imitant maladroitement la directrice de l'école.

- Dommage...

Les joues de Rachel s'empourprèrent.

- Tu as l'air d'aller mieux reprit le jeune homme après un silence embarrassé.

- Oui, ça va. Je n'ai fait que dormir depuis que l'infirmière m'a réexpédié ici pour récupérer.

A nouveau le silence s'installa entre eux.

- Je... commença Rachel

- je... fit simultanément Vento

Ils se regardèrent surpris et éclatèrent de rire.

- Vas-y, toi d'abord lui fit Vento bon prince.

- je voulais juste te remercier... pour... pour m'avoir conduite à l'infirmerie plutôt que chez la directrice... et puis aussi pour ton blouson l'autre jour, je...

- T'en fais pas. On est quitte maintenant. C'était pour avoir pris ma défense dans le bureau de Monsieur Afredino le jour de la sortie et puis aussi pour avoir fait fuir ces abrutis de la bande à Drumond dans le sous-bois.

- Oui... c'est ça... on est quitte maintenant balbutia Rachel dépitée. Tu veux que je te rende ton blouson maintenant ? s'enquit-elle soudain en faisant mine d'aller le chercher.

- Non non, c'est bon. Garde-le. C'est pas pressé.

- Non parce que sinon tu sais il est...

- Non je t'assure, garde-le, il te va bien et j'en ai d'autres.

- Merci murmura Rachel touchée et mal à l'aise.

- Bon,il va falloir que j'y retourne avant qu'ils ne sonnent l'alarme là-haut fit-il soudain en se redressant. Tu veux que... enfin... t'as besoin de quelque chose, tu veux que je te ramène un truc pour t'occuper, un bouquin, une revue,... la tête de Miss Hawkins au bout d'une pique et des fléchettes plaisanta-t-il.

- Va pour un bouquin, Miss Hawkins attendra encore un peu avant de figurer sur mon mur des trophées se surprit-elle à répondre dans un éclat de rire.

- ok lança Vento en reprenant son sérieux. Fais attention à toi et repose toi, j'essaierai de passer dans la soirée... enfin si j'arrive à fausser compagnie au surveillant de notre chalet qui n'est à vrai dire pas beaucoup plus avenant que la tienne ! ajouta-t-il dans un sourire.

Rachel le contempla un instant sans y penser avant de se reprendre le feu au joues.

- Merci Vento murmura-t-elle avant de refermer la fenêtre et d'écarter le rideau pour le regarder s'éloigner dans un salut de la main.

Elle resta là un long moment, le front appuyé contre la fraîcheur de la vitre à tenter d'analyser tout ce bouillonnement d'émotions qu'avait fait naître en elle la seule visite de Vento. Puis, abandonnant son poste, elle soupira avant de reprendre sa place dans son lit à l'instant même où la porte s'ouvrait sur la surveillante générale qui entra les bras chargés de son plateau-repas.

Le soir arriva, puis le lendemain sans que Rachel ne reçut la visite de Vento.

Déçue elle se réfugia dans le sommeil en espérant y puiser la force d'affronter à nouveau sa classe le matin suivant.


- - -


Toujours aussi discrète et en pleine forme cette fois, Rachel se leva avant que son réveil ne retentisse et s'empressa de l'éteindre avant de préparer ses affaires et de partir à la douche.

Quelques unes de ses camarades, encore toutes ensommeillées la croisèrent dans le couloir mais aucune ne ressenti le besoin de la chahuter si tôt et c'est un peu apaisée qu'elle se dirigea vers les sanitaires.

Une fois prête, elle avala rapidement une tasse de chocolat et une tartine sans dire un mot et sortit sur le perron pour attendre la navette qui devait les conduire jusqu'à l'école.

Il était encore tôt et le minibus ne serait là que dix minutes plus tard mais elle avait ressenti le besoin d'humer les senteurs du petit matin, chaudement emmitouflée dans le blouson que lui avait prêté Vento.

- J'avais raison de te le laisser, il te va vraiment bien fit une voix derrière elle.

Surprise elle se retourna vivement manquant de glisser sur le sol enneigé et Vento sortit de l'ombre pour la retenir par la main.

- Tu m'as fait peur s'exclama-t-elle en se remettant de ses émotions.

- Excuse-moi, j'essayais juste d'être discret pour échapper à la vigilance de votre surveillance.

- C'est pas grave murmura Rachel gênée en constatant soudain que Vento ne l'avait pas lâcher et qu'il retenait toujours sa main dans la sienne. Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je passais... commença le jeune homme.

- Tu ne prends pas la navette ce matin ?

- Si... mais là-bas où ici, quelle importance répondit-il en haussant les épaules.

Rachel acquiesça d'un hochement de tête.

- Alors, prête pour reprendre les cours ? repris le jeune homme après un bref silence.

- Il le faut bien se contenta de répondre la jeune fille qui s'appliquait à détourner son attention de la chaleur que la main de Vento sur la sienne diffusait dans tout son corps.

- Rien à signaler ce matin ? s'enquit-il au bout d'un moment comme si cette question l'obsédait depuis le début et qu'il l'avait ruminé longuement.

- Comment ça ? s'étonna Rachel.

- Personne ne t'a encore fait de misère ? précisa le jeune homme en fuyant son regard.

Un sourire s'afficha sur le visage de Rachel.

- Rien à signaler répondit-elle simplement.

- Désolé pour hier et avant-hier soir. Je n'ai pas pu déjouer la surveillance de notre gardien...

- Pas grave, je n'avais pas envie de lire finalement, j'ai préféré profiter du temps qui m'était offert pour dormir... et puis comme ça le temps à passé plus vite ajouta-t-elle comme pour elle-même.

- ok... tu veux...

La porte du chalet derrière eux s'ouvrit brusquement et le reste des occupantes du chalet se déversa soudain tout autour d'eux dans un joyeux brouhaha rendant impossible toute discussion. Vento à peine les premières filles sorties avait brusquement lâché la main de Rachel et s'était reculé dans un coin du perron pour échapper aux questions indiscrètes... ou pour ne pas être vu avec elle... elle ne savait pas encore qu'elle version choisir.

La navette sur ces entrefaites était arrivée et tout le monde s'était rué devant les portes ouvertes pour avoir la possibilité de choisir les quelques bonnes places que les garçons du chalet de Vento n'avaient pas encore occupé.

Vento s'engouffra à son tour dans le minibus sans se préoccuper de Rachel qui le suivit quelques minutes après, prenant soin de choisir la place la plus éloignée de la sienne pour ne pas le mettre mal à l'aise ou éveiller de quelconques soupçons.

Elle ne savait pas ou plutôt ne savait plus si elle devait se réjouir de la relation particulière qui s'installait entre eux ou s'en déjouer parce qu'il prenait grand soin de s'en cacher.

Et c'est perplexe et désorientée qu'elle se laissa emporter vers ses cours, en priant qu'ils se passent aussi bien qu'avait commencé cette froide journée d'hiver qu'un soleil naissant lumineux faisait scintiller de mille feux.

 

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Dernière mise à jour de cette page le 05/03/2009

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